Le peuple comme volonté et comme représentation

En cette époque d’inflation du novlangue, « populiste » est devenu l’insulte politique suprême, le nouvel épouvantail remplaçant « extrême-droite ». A croire que celui-ci est devenu le nouveau spectre qui hante l’Europe. Avec la chute du mur de Berlin, on nous a parlé de fin de l’Histoire, de thatchérisme à visage humain, d’abolition des frontières, de réconciliation pacifique, de victoire de la Raison. Il n’en est rien. La réaction qui monte des decents people n’est pas ou peu idéologisée. Elle traduit, face à l’idéalisation démophobe des élites et au mépris bourgeois du pluralisme, la prise de conscience de la distance qui sépare les gouvernants des gouvernés. Ce ressurgissement de l’organicité ravive les sentiments d’appartenances contre la sclérose parlementariste.

Le terme de populisme a d’abord été utilisé pour désigner une branche russe du socialisme, les Narodniki, intellectuels du XIXe siècle s’établissant à la campagne pour soulever les paysans contre le tsar. Certains remontent jusqu’à 1789 et au Printemps des peuples. Plus tard il évoquera le People’s party aux USA, le boulangisme en France, ou un genre littéraire consistant à raconter le quotidien des plus pauvres. A la fin des années 50, on l’utilise pour qualifier péjorativement le mouvement opéraïste, issu de l’autonomie ouvrière, qui prône le refus du travail, de la gauche et de l’Etat par le communisme de conseils et le sabotage (certains finirent dans la lutte armée).

Depuis quelques temps, nous assistons à une radicalisation dans la phraséologie des prétendants au providentialisme d’Etat. Macron « révolté entre Boulanger et Mendès France », Fillon « anti-système » : cette bifurcation des éditoriaux en temps de campagne représentent à mon sens un signe que l’ordre socio-économique ne peut plus être clairement cautionné face aux classes populaires. Sur le modèle d’Hillary Clinton (« Si nous démantelons demain les grandes banques, est-ce que cela mettra pour autant fin aux LGBT-phobies ? »), la classe politique accompagne petit à petit la permissivité ontologique de la société de consommation. En ces temps de crise politique comme économique, on ne peut que se rappeler des leçons du philosophe Jean Claude Michéa sur l’anthropologie progressiste du Capital en lisant tous ces discours de « rupture avec la préhistoire protectionniste ». Manuel Valls, grand révolutionnaire s’il en est, parle même d’abandonner le référent « socialiste » pour y préférer celui de « gauche », plus moderne. Tout un symbole. Même Le Pen, NDA, Fillon et Macron parlent de référendums aujourd’hui.

Le libéralisme, de par sa hantise de la contradiction idéologique, a toujours banni la dimension « tragique » de la vie citoyenne. Annulant toute référence à des valeurs morales ou philosophiques communes, supprimant toute controverse, sa neutralité individualiste (« chacun sa vérité ») aspire à une société homogène, uniforme, déshumanisée. C’est ce relativisme qui explique les dépossessions de souveraineté, ainsi transférée à la main invisible des « experts », supposés pouvoir organiser scientifiquement la société en vue d’atteindre un seul optimum quantitatif (utilitarisme), objectivement calculable. There is no alternative. Le politique réduit à une « gestion administrative », soumis au bluff technique du règne impérieux des spécialistes et à la rationalité étriquée de la froide « gouvernabilité » — face à un « populisme » rarement défini de façon rigoureuse, censé réintroduire les conditions d’une guerre civile.

Si l’on considère que faire peuple, faire demos, c’est régénérer la res publica en accédant à la liberté dans la participation aux affaires publiques et la conservation d’une socialité ; pour reprendre Vincent Coussedière, le rejet du populisme n’est alors qu’un rejet du politique. Caractériser ainsi le populisme comme la disparition de toute instance intermédiaire entre le peuple et le pouvoir (qu’il s’incarne dans un leader ou non) soit la reconquête par le bas de la souveraineté permet alors de voir dans l’anti-populisme une haine du peuple, qui justifie ce premier. De là à justifier la montée du FN par les préjugés bourgeois-bohèmes de l’homme de la rue comme « archaïque », « moins éduqué », « contre le progrès » et « trop arriéré », il n’y a qu’un pas, que nous franchirons dans un prochain article.

Les libéraux veulent la prédictibilité, une société infaillible. Ils auront l’auto-institution du peuple, redevenu communauté fraternelle et plus seulement addition d’intérêts individuels. Pas de « nous » sans « eux », pas d’unification sans séparation préalable : le politique passe par une frontière antagoniste assumée. Le peuple dans ses contradictions contre la classe dirigeante dans sa communion. Mais loin de représenter un danger pour la démocratie, la dissociation créée par le conflit représente en réalité sa condition même d’existence. Polarisation schmittienne. Sans bourreaux, pas de héros. Sans défaite, pas de victoire. Sans ténèbres, pas de romance. Sans polemos, point de podemos. Semblables à l’ouvrièrisme national-populaire de Rafael Correa ou du couple Kirchner, qui ne se revendiquent ni de droite ni de gauche mais plutôt d’une troisième voie (d’obédience certes marxisante), les indigènes socialistes rassemblés au Venezuela derrière la devise « La patrie ou la mort » expriment-t-ils un idéal fascisant ?   Hébert, pamphlétaire de la Révolution française, écrivait : « Je ne pourrai jamais dormir tranquille depuis que le patriotisme grouille dans mon ventre comme une grenouille. »  Plus rien ne grouille dans le ventre des libéraux-progressistes, si ce n’est la peur de perdre leurs privilèges face au pouvoir du peuple !

En favorisant les rapports de réciprocité, la participation aide à reconstituer un tissu social désagrégé par la multitude apathique et la concurrence « non faussée » de tous contre tous. Marcel Gauchet expliquait que la démocratie moderne n’était plus « la souveraineté du peuple, mais la souveraineté de l’individu ». En tant qu’elle produit du commun, la démocratie participative (qui n’est pas encore directe) s’imbrique avec la renaissance des solidarités de voisinage voire de travail. La common decency comme condition de la common decency. Cercle vertueux d’une morale populaire inaliénable.

Le populisme, on le voit avec le MS5 ou Podemos, représente une désaffiliation revitalisante des classes laborieuses envers les institutions classiques, les habitus représentatifs. Il s’agit de destituer les symboles des vieux appareils de partis, en abandonnant les symboles identitaires surannés en matière de marketing politique (fini de brandir les drapeaux rouges et de chanter l’Internationale). Ces électeurs « ignorants » qui « votent mal » et ne savent pas écrire comme Leibniz reconnaissent désormais l’obligation de s’inscrire dans des rapports vraiment sociaux et de faire preuve de responsabilité, bref, de mériter d’être citoyen.

Emmanuel Macron, le candidat du système, fait plutôt office de démagogue en faveur du centrisme révolutionnaire. Sur le modèle merkelien de la « grande coalition », cet homme du vide programmatique picore, tel un trou noir, de tous les côtés (gaullistes, libéraux, socialistes, royalistes). On est bien loin de la jonction entre souveraineté nationale et souveraineté populaire de Salvador Allende. L’intellectuel organique du libre-échange prouve ainsi que l’élite craint la recomposition qui vient en cherchant à sauver les meubles par l’alliance, enfin assumée, du libéralisme économique (être de gauche, c’est faire que chaque jeune « ait envie de devenir milliardaire ») et du libéralisme culturel (penser avec Althusser qu’il « n’y a ni culture ni art français »). Face à la menace, le masque tombe : Macron n’est pas un « ni droite ni gauche d’en haut », mais l’incarnation temporaire (et secrète) de l’alternance unique, la fusion de la droite et de la gauche ; non pas de leur négation dialectique. On a d’ailleurs appris que le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble — à l’instar du belge Guy Verhofstadt, président du groupe des libéraux au Parlement européen — avait pris fait et cause pour Emmanuel Macron. Uber pour tous : mi Madelin mi Cohn-Bendit, Macron n’est que l’homme nouveau du vieux monde, le Justin Trudeau hexagonal.

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Ceux qui ne jurent que par Podemos doivent le savoir : les théoriciens d’Amérique Latine dont ils se revendiquent disent bien qu’il faut miser sur un point de référence stratégique et déclarer le reste secondaire. Certains parlent de maturité, d’autre de responsabilité. Dans les deux cas, il s’agit de hiérarchiser les priorités. Ce qui est en fait le reproche adressé à l’Union Populaire Républicaine… Osons alors le parallèle légitime avec l’Espagne. Jean-Luc Mélenchon correspondrait à Pablo Iglesias, et François Asselineau à Íñigo Errejón. Deux méthodes irréconciliables : une stationnaire, une révolutionnaire. Le leader de la FI demeure en effet dans la pureté clivante en souhaitant rassembler ses anciens collègues, quitte à « modifier ici ou là » son programme au second tour, reconnaissait-il le 15 mars sur Europe 1. Le nouveau venu des présidentielles, lui, nie l’agressivité de l’entre-soi et vise l’accès au pouvoir sans faire de compromis avec les organisations traditionnelles. La même comparaison vaut pour le sujet politique de la révolte : Mélenchon (Iglesias) tente l’union de la gauche, Asselineau (Errejón) veut innover en rassemblant tous les citoyens. Le premier reste dans la divergence des luttes, le second opte pour la convergence des buts. Le bloc réformiste ou les sympathisants de chaque secteurs. Le peuple de gauche contre le peuple dans son ensemble[1].

Comme Íñigo, François oppose « les gens ordinaires » à la « caste privilégiée » (l’UPR a d’ailleurs été classée « Divers » — sans étiquettes de gauche ou de droite — par le ministère de l’Intérieur). Il faut dépasser le clivage gauche-droite par au dessus : dans la transversalité populiste, ce qui unit est plus fort que ce qui divise. Tandis qu’Iglesias se contente d’appeler à soutenir « la vraie social-démocratie », Errejón préfère toucher « la partie des souffrants qui n’a pas encore confiance en nous ». Contrairement à Pablo Iglesias, Íñigo Errejón veut donc également s’entourer des électeurs qui ont « voté toute leur vie au Parti populaire (centre-droit espagnol) », eux aussi victimes de la domination oligarchique et des réformes ordolibérales. Le politologue Errejón, à l’instar de l’énarque Asselineau, provient de la petite bourgeoisie mais fait primer le consensus sur le désaccord. Et ce qui enthousiasme principalement Jean-Claude Michéa dans Podemos, rappelait-il le 11 janvier, c’est avant tout « qu’ils vont jusqu’à dire que le travailleur de droite a une place dans ce nouveau front ». Íñigo Errejón, qui refuse le qualificatif de gauche — convoquant les catholiques via la théologie de la libération — n’accepte que celui de « populiste » (tout court). Michéa le rejoignait ainsi, répétant à France Culture qu’il ne soutiendrait « surtout pas » Mélenchon électoralement, lui qui ne représentait qu’un paradoxal « ni gauche ni droite de gauche ». La devise de l’UPR (« l’union du peuple pour rétablir la démocratie ») est à ce titre très proche du slogan bolivarien repris par Errejón (« Ni de gauche ni de droite, nous sommes ceux d’en bas contre ceux d’en haut ! »). Ce CNR 2.0 que représente l’Union Populaire Républicaine[2], n’hésitant pas à se revendiquer de l’analyse communiste, est actuellement le mouvement le plus consulté d’internet selon Alexa Ranking, et ce sans promotion aucune des médias. Hégémonie culturelle ?[3].  Il se trouve que Christopher Lasch estimait, dans la Révolte des élites, que l’absence d’exposition publique consistait en la « meilleure qualification », à même de se distinguer des autres et permettant de « se prévaloir d’une bonne dose de respect de la part du public ».  De quoi se poser au moins quelques questions avant de voter.

Surtout que, à l’opposé du démagogue tête d’affiche de la France Insoumise — qui déclarait encore en novembre 2016 avec la derridienne Chantal Mouffe « vouloir refonder la gauche, qui n’appartient pas à Hollande » —, le pédagogue dirigeant l’Union Populaire Républicaine, qui tolère l’altérité, a su participer à la (re)construction d’un intérêt général par l’éducation populaire, en osant nommer cet ennemi principal qui permet l’émergence d’une conscience des masses. Fédérant le peuple dans toute son hétérogénéité, des gaullistes de droite aux déçus du PCF, ce mouvement est donc le seul qui peut se targuer de l’héritage du référendum violé de mai 2005, tandis que l’autre candidat se revendique de Mitterand. A moins de considérer, avec le camp du Bien, que les 54,78% du « NON » au Traité de Lisbonne étaient exclusivement de gauche…

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Pourtant, tandis que Mélenchon appelait à manifester contre la loi Travail avec les syndicats jaunes financés par la CES bruxelloise, Asselineau expliquait que cette loi était obligatoirement imposée — sous peine de sanctions pour « déficit excessif » — par la Commission européenne aux points 3 et 6 des recommandations de juillet 2015. Pourtant, Asselineau avait alerté à propos de Tsipras, là où Mélenchon lui faisait — et lui fait encore — confiance. C’est peut-être pour tout cela que, pendant que Jean-Luc Mélenchon accusait sa némésis de représenter l’extrême-droite brune, le clouscardien Dominique Pagani l’a chaleureusement invité chez les hégéliens de la Librairie Tropiques. Ou que son ami Edmond Janssen, le co-fondateur des Editions Delga, n’hésite pas à voir en l’UPR, parce qu’il est trop peu question de nationalisations dans le programme de la France Insoumise, « la seule offre politique depuis Georges Marchais ou même Jacques Duclos ». Ou qu’Etienne Chouard préfère un fonctionnaire qui fut proche du centre-droit à un politicien qui vota Maastricht. « Non il ne faut pas sortir de l’UE, mais des traités européens » reconnaissait lors du débat du 4 avril Mélenchon, avant de rajouter « j’en conviens monsieur Asselineau, j’ai une divergence avec vous : le Franc n’est pas pour moi un fétiche ». Comme l’ont expliqué Coralie Delaume et Aurélien Bernier (sans malheureusement assumer les conclusions qui s’imposaient[4]), l’objet du « plan B » change incessamment. Il n’est que de revoir le débat Piketty/Généreux ou de constater les contradictions entre militants de la France Insoumise. Le plan B est-il un plan A avec ceux qui veulent bien faire une Europe française ?  Le plan B est-il le maintien du plan A dans l’euro avec seulement les pays du Sud ?  Le plan B veut-il quitter l’Union Européenne pour en refonder une autre immédiatement ?  Le plan B incarne-t-il un prétexte menaçant destiné à faire advenir, par peur, le plan A ?  Le plan B veut-il engager un rapport de force avec l’Allemagne pour créer, comme Le Pen, une monnaie commune ?  Le plan B est-il un référendum pour « désobéir » à l’UE ?  Le plan B mentionne-t-il l’article 50 du TUE utilisé par Theresa May ?   On a vu ce que valaient ces promesses de « négociations » : Hollande avec le TSCG ou Jospin (dont JLM fut ministre) avec le pacte de stabilité. Du vent.

De son coté, l’autre candidat est clair au point d’en paraître monomaniaque : triple Frexit (UE, OTAN, euro). Et pour avoir été longtemps membre de ce mouvement après avoir quitté le FDG fin 2011, je tiens à préciser une chose. Sans ses militants, l’UPR ne serait rien : c’est la base populaire qui a fait connaitre le mouvement sur internet, qui l’a fait grandir sur le terrain, qui a été démarcher les 500 maires requis. Orwell disait notamment que la grande différence se jouait entre « avoir ou ne pas avoir le goût du pouvoir ». L’UPR est justement un mouvement provisoire, promettant sa dissolution une fois arrivé au pouvoir, pour le plus grand bonheur de Simone Weil. Sa démarche de (re)politisation a fait que j’écris ici aujourd’hui. En extrêmement condensé : Mélenchon choisit la passion reptilienne des slogans (forme), là où Asselineau pari sur l’intelligence des français (fond) dans un discours à portée holistique. Quand on sait que Gramsci appelait bien à l’alliance avec le catholicisme social, il faut s’interroger sur ce que Podemos peut trouver d’intéressant à Jean-Luc Mélenchon. D’une certaine manière, ce dernier incarne précisément tout ce que ces populistes détestent.

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Jean-Claude Michéa, avant de s’intéresser à Podemos, nous aiguillait d’ailleurs de cette manière en 2011 : « Je pense qu’il est peu efficace d’appeler une énième fois de plus à la mobilisation du « peuple de gauche » (contre le « peuple de droite » ?). Il s’agit au contraire de réfléchir enfin aux conditions d’un CNR rénové qui serait capable d’unir sur la base d’un nouveau langage commun toutes les classes populaires, c’est-à-dire tous ceux qui ont, quelles que soient leurs différences et leurs contradictions, un intérêt humain objectif au renversement de la domination capitaliste. Sous quel nouveau drapeau symbolique pourrait-on inviter à l’action commune de ce front populaire ? (…)  Ce qui m’étonne c’est qu’on ne prend jamais ce modèle dans la politique française actuelle : la Résistance a été le lieu et le moment où des gens venus de différents horizons ont lutté pour un but partagé par tous. Ce qui a permis aussi des rapprochements. Et c’est grâce à ce langage minimal commun qu’il y a eu le Conseil National de la Résistance, ce front entre des gens ordinaires, de la droite monarchiste à la gauche communiste, qui étaient d’accord sur une révolte morale et un petit programme politique qui a permis de mettre un coup d’arrêt pendant très longtemps au capitalisme via notre appareil de protection sociale. Peu importe le drapeau initial, on finit par trouver une fraternité dans le combat ». Même l’Action Française appelle à voter Asselineau !

Et pour vous, qui peut représenter le Podemos à la française ?

 

1 — « Quand on étudie les processus révolutionnaires ayant eu du succès, on trouve que cela n’a toujours été possible que par le biais des discours patriotiques, non pas adressés qu’à une partie de la population mais à l’ensemble de celle-ci. Dans les platerformes du 15M on ne demandait pas aux gens s’ils étaient de gauche ou de droite, mais s’il leur paraissait juste d’expulser des endettés de leur maison. (…)  Il ne s’agit pas de demander aux gens à quelle idéologie ils appartiennent, mais de leur demander s’ils veulent défendre leurs emplois, améliorer leurs salaires et leurs conditions de vie. Si tu veux cela, peu importe quelle étiquette tu endosses, tu fait parti des nôtres. (…)  Construire un peuple est beaucoup plus radical qu’unir ceux qui pensent déjà la même chose ».

2 — Puisque Mélenchon a cru bon de se réclamer du programme des Jours Heureux dans sa conclusion du 4 avril (dans laquelle il n’a pas mentionné l’Union européenne), il nous faut rappeler que le CNR rejetait toute référence à la lutte des classes, « pour ne pas donner un motif de division entre français » (Jacques Duclos). Là encore, comme avec Errejón ou Asselineau, il s’agissait de hiérarchiser les priorités. Après tout, dès le 19e siècle, les fouriéristes parlaient d’association du capital et du travail. Bien plus tard, le programme des Jours Heureux appelait également au « droit d’accès, pour les ouvriers qualifiés, aux fonctions de direction et d’administration » ainsi qu’à la « participation des travailleurs à la gestion de l’économie ». Comités d’entreprise améliorés et actionnariat salarié (comme les SCOPs, interdites par la loi Chapelier puis massivement redorées sous la Commune, dont on parle souvent à BastaMag) sont un début, certes timide, de réappropriation des moyens de productions. On connait effectivement l’intérêt gaullien pour la doctrine socialiste du chrétien Pierre Leroux.

3 — Qui n’a jamais eu affaire à un militant UPR, que ce soit dans la rue ou dans le virtuel ?   Selon Gramsci, rien ne sert de gagner les élections si l’on n’a pas d’abord conquis les esprits ; il faut avant tout changer ce qui se passe dans la tête des gens. C’est ce que l’UPR a compris. Coloniser les imaginaires et le réel, gagner la bataille des idées : le soir du 4 avril, François Asselineau a par exemple imposé aux autres candidats de se situer sur la question de la sortie de l’UE (Marine Le Pen a reconnu, comme Mélenchon, ne vouloir qu’une « renégociation non-brutale des traités »).

4 — A moins de 10 jours du scrutin décisif, il serait temps d’abandonner les croyances de « pression interne » et d’abandonner tout dogmatisme face au réel : un UPRien sait clairement ce pour quoi il vote, les autres ne font qu’espérer. Quitte à déléguer notre souveraineté, faisons-le pour le candidat qui se propose d’appliquer son programme économique, pas pour celui dont nous aimerions encore « faire infléchir la ligne ». Participons à l’histoire plutôt que de jouer à la roulette russe. Choisissons les faits et non la foi.

 

 

 

 

Pétroglyphes :
Un article du Monde sur les différents propositions de candidats relative à l’UE, l’euro et l’OTAN
– Le Devoir nous parle du populisme imparfait de Bernie Sanders via Christopher Lasch
– La première traduction française de la stratégie d’Íñigo Errejón vient d’être éditée aux éditions du Cerf
Exemple de coopérative avec cette boulangerie autogérée à Paris
Michéa sur la division du prolétariat par le « populisme de gauche »

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